Kettlebell, le sport made in Russia !

Hello petit Crossfiter égaré !

Voici un nouvel article pour cette semaine ! Et aujourd’hui on va parler d’un outil devenu indispensable à ta préparation physique : la kettlebell.

Commençons d’abord par un petit historique…
Je t’invite à t’installer confortablement dans un coin de ta box préférée, écouteurs sur les oreilles avec les chœurs de l’armée rouge en fond sonore pour lire cette curieuse mais passionnante histoire.

Pour commencer, sache qu’avant de venir envahir nos box de CrossFit, la kettlebell est à l’origine d’un sport dénommé « girevoy », appelé ainsi en raison du nom originel de notre boule de fonte préférée : la « girya ». Le mot girya fait officiellement son apparition dans les dictionnaires russes au début des années 1700, le terme tiré du perse « gera » signifiant à l’origine poids, pesée, lourdeur, difficile… Bref, rien qu’à son nom, tu sens déjà que tu vas te marrer.

L’objet est donc un corps massif en forme de boule, aplatie sur le dessous pour pouvoir la poser au sol sans qu’elle vienne rouler sur tes Nano toutes neuves, voir sur tes orteils si tu fais partie des pratiquants pieds nus (la partie boulière donc), muni d’une anse pour pouvoir la tenir facilement (la partie sporadique). C’est donc un objet redondant, bien qu’il ne présente pas de prospérité.

Traditionnellement, la girya est fabriquée d’une seule et même pièce de fonte dont la taille varie en fonction du poids, mais il existe aussi des modèles bas de gamme (et donc moins chers) fabriqués en deux morceaux qui sont soudés ensuite. Tu peux bien sûr aussi trouver chez décathlon et autres pseudo fabricants de kettlebells des modèles en plastique, ou en fonte magnifiquement habillés avec un revêtement vinyle digne de la tenue de Superman de Nicolas Cage, ceci afin d’éviter les opérations de finition (ponçage, revêtement) qui sont assez coûteuses. Bref, certains ont senti le filon, mais les puristes te déconseillerons sans doute ces accessoires, substituts de VÉRITABLES kettlebells. Si tu n’es pas convaincu, je te laisse imaginer la tronche du type qui était en train de réaliser un snatch avec ça :

Une vraie kettlebell est un objet compact et indestructible. Ce qui rend cet outil unique en son genre et bien différent d’une haltère classique est d’abord sa forme, mais aussi son centre de gravité excentré de 15 à 20cm par rapport à ton grip. C’est cette deuxième particularité qui permet d’accélérer la descente dans les exercices balistiques comme le swing ou le snatch (StrongFirst appelle ça la force virtuelle).

La kettlebell traditionnelle russe pèse 1 pound. Le pound est une unité de masse égale à 40 “funt” (фунт, livres de Russie) soit 16,38 kg ou 36,11 livres. Sache qu’il existe également des kettlebells de compétition dont la forme diffère un peu de leurs copines en fonte. Celles-ci ci sont utilisées durant les compétitions de Girevoy Sport, et présentent la particularité de faire toutes la même taille, quel que soit leur poids. Ces giryas de compet’ possèdent une coque externe standard, lestée ensuite à l’intérieur par des poids en métal qui sont fixés sur un axe. Pourquoi, me demanderas-tu, et bien tout simplement car cela permet aux compétiteurs de ne pas modifier leur technique lorsqu’ils passent une catégorie au dessus et prennent une kettlebell plus lourde. Malins les mecs !

Mais revenons à notre histoire… Personne en fait n’a de certitudes quant à l’origine de la girya. Il semblerait que sa première apparition dans l’histoire daterait de la Grèce antique, et que celle ci servait déjà à l’époque pour la préparation physique, ainsi que pour les démonstrations de force olympique. Son utilisation comme outil de conditionnement physique aurait même perduré jusqu’au Moyen-âge ! Durant le Moyen-âge central, elle aurait également servi d’outil de pesée.

Une autre anecdote raconte qu’à l’époque d’Yvan le Terrible (XVIème siècle), les russes auraient décidé de standardiser la production de leurs boulets de canons selon un petit nombre de calibres : même forme même taille et même poids. On aurait rajouté à ces objets de mesure une anse par commodité…

Bien plus tard, au XVIIIème et XIXème siècles dans l’Empire Russe, la girya fait office de tare dans les échanges commerciaux. Nous ne sommes cependant pas sûrs comme certains l’affirment que les giryas aient bel et bien servis à l’entraînement physique de l’armée russe à cette époque, mais soyons honnêtes, ça n’étonnerait personne.

 

Voici donc où s’arrête la légende et commence l’histoire.

En 1885 le premier centre de formation sur la culture physique ouvre ses portes à St Petersbourg. Le docteur V. Kraïevsky, fort de ses recherches sur la préparation physique à travers l’Europe, y introduit notamment des exercices à base d’haltères et de kettlebell. Son projet initial étant de former des athlètes, mais également de redonner force et vigueur au peuple dans son ensemble.
Il est suivi dix ans plus tard par le docteur EF Garnich-Garnitsky qui ouvre un autre établissement à Kiev en Ukraine, où des lutteurs et autres gymnastes se préparent physiquement grâce à ce que l’on appelle désormais le girevoy, le sport de la girya.
Au fur et à mesure des années, l’utilisation de la girya se popularise et prend de l’ampleur dans toute l’union soviétique auprès des ouvriers, des étudiants, des soldats, des fermiers… C’est ainsi que florissent petit à petit dans les foires, des exhibitions d’hommes les plus forts du monde (ouais, ils avaient déjà leur Mat Fraser à cette époque) qui soulèvent les kettlebells les plus lourdes, le plus grand nombre de fois, etc… ainsi que nombre de concours champêtres autour de la girya. Jusqu’en 1948 où la première vraie compétition de girevoy a lieu, faisant ainsi passer la kettlebell de simple outil pour l’entraînement physique, à un véritable sport avec ses compétitions officielles dont les règles seront unifiées en 1962.

En 1974, le Girevoy Sport est déclaré officiellement « sport ethnique de la Russie ». En 1985, les règles s’uniformisent et se modifient légèrement, notamment avec l’apparition des catégories de poids pour les athlètes (60, 70, 80, 90 et plus de 90kg). Cette année également, le manuel officiel de préparation physique de l’armée soviétique (Burkov et Nikityuk) déclare que l’entraînement avec kettlebell est l’un des moyens les plus efficaces pour développer la force.

Il existe de nos jours deux fédérations internationales, nées en 1992 suite à la chute de l’union soviétique : la IGSF(International Girya Sport Federation) et la IUKL (International Union of Kettlebell Lifting). Les épreuves officielles de Girevoy Sport comportent aujourd’hui trois mouvements de base : le jerk, le snatch, ainsi que le long cycle (épaulé jeté). Trois giryas sont utilisées selon l’âge, le sexe et le niveau des pratiquants : 16 kg, 24 kg et 32 kg.

Depuis le début des années 2000 le Girevoy s’est démocratisé, son utilisation s’étendant à travers le reste de l’Europe et du monde, et la girya a petit à petit laissé place à l’appellation kettlebell.

À l’aube du XXIème siècle, Pavel Tsatsouline, ancien instructeur des unités d’élite des forces spéciales soviétiques, développe un programme de force dont une partie est entièrement dédiée au kettlebell : le système StrongFirst. Les techniques fondamentales de cette méthode sont le swing, le snatch, le get-up, le press, le squat et le clean pour le niveau 1, mouvements qui sont depuis adoptés par CrossFit en raison de leurs nombreux aspects bénéfiques pour notre entraînement. Mais ceci est une autre histoire, qui sera contée une autre fois…

Voici donc l’histoire de cet objet insolite. Dans un prochain article, je te parlerai plutôt des très nombreux bénéfices liés à l’utilisation des kettlebells, l’intérêt de cet outil par rapport à une haltère classique, et puis je te donnerai quelques WOD sympas à réaliser avec ta nouvelle amie la girya !

Sur ce, bon WOD ! (Et si tu as tapé « Nicolas Cage Superman » sur Google, rajoute 100 KB swings à ton warm-up, ça t’apprendras à chercher n’importe quoi sur internet !)

  • 10
  •  
  •  
  •  
  •  
    10
    Partages
  • 10
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.